Idée #861 – Visiter le fort portugais de Mombasa
[Classement UNESCO : témoignage d’un échange d’influences considérable pendant une période donnée ou dans une aire culturelle déterminée, sur le développement de l’architecture ou de la technologie, des arts monumentaux ; exemple éminent d’un type de construction ou d’ensemble architectural illustrant une ou des périodes significative(s) de l’histoire humaine]. Édifié par les Portugais à la fin du XVIe siècle dans la partie méridionale de la ville de Mombasa, et tenu sous leur contrôle pendant un siècle, le Fort Jésus, à Mombasa, est un témoignage de la première tentative réussie de la civilisation occidentale de commander les voies commerciales de l’Océan Indien, jusqu’alors sous influence de l’Orient.
Le 7 avril 1498, Vasco de Gama découvre l’ile de Mombasa lors de son premier voyage vers les Indes. En 1505, les troupes portugaises de Francisco d’Almeida’s attaquent et saccagent le village de Mombasa. En 1528, les Portugais saccagent à nouveau Mombasa pour, enfin prendre la maitrise de la côte est africaine avant que ne débutent les incursions des Kamba venus de l’intérieur puis les raids ottomans sur la côte swahilie en 1585 et 1589. En 1591, le roi de Portugal autorise la construction d’un fort sur l’ile de Mombasa. Les travaux du fort Jesus sont initiés en 1593 sous la direction de l’architecte milanais Giovanni Battista Cairato puis est créé, en 1594, un comptoir qui vient s’ajouter à ceux de Sofala plus au sud et de Malindi plus au nord. Mombasa devient, alors, le plus important centre de commerce portugais de cette côte, ce qui pousse le capitaine du donataire Mathieu Mendes de Vasconcellos d’en faire sa résidence, délaissant ainsi Malindi.
Les relations entre les Portugais et le sultan de Mombasa Muhammad Yusuf se dégradent rapidement après le départ de Mathieu Mendes de Vasconcelos. Le 15 août 1631, le sultan attaque, par surprise, la garnison du fort qui est massacrée tout comme la population portugaise de Mombasa. Les Portugais envoient une expédition pour reconquérir la place mais abandonnent après deux mois d’un siège qui aura duré du 10 janvier au 19 mars 1632. Le 5 août suivant, une petite troupe portugaise commandée par le capitaine Pedro Rodrigues Botelho, venue de Zanzibar, atteint Mombasa et réoccupe le fort. Cette occupation dure jusqu’en décembre 1698 et permet en 1635 et 1648 d’effectuer d’importants travaux de rénovation et d’aménagement.
En février 1661, les troupes du sultan d’Oman, Sultan bin Saif Ier, saccagent la ville mais n’osent pas s’attaquer au fort. Le 13 mars 1696, une nouvelle expédition omanaise, ordonnée par le Sultan bin Saif, atteint Mombasa et entreprend le siège du fort. Malgré une tentative de rompre le blocus, entre septembre et octobre 1697, par les frégates portugaises Santo António de Tanna et Nossa Senhora do Vale, le siège perdure jusqu’à l’attaque décisive du 13 décembre 1698, alors que la garnison est réduite à un capitaine, neuf soldats et un prêtre. Avec la conquête du fort, toute la côte de Zanguebar tombe sous la domination des sultans d’Oman.
Cette domination persiste jusqu’à l’arrivée de la Compagnie britannique impériale d’Afrique de l’Est à la fin du XIXe siècle malgré la brève reprise du fort par les Portugais entre le 16 mars 1728 et le 26 novembre 1729, grâce à une mutinerie de la garnison et malgré l’occupation de la position par les sultans de Zanzibar entre 1837 et 1895.
L’architecture du fort de Mombasa, avec ses proportions, ses murailles imposantes et ses cinq bastions, reflète la théorie architecturale militaire de la Renaissance. Construit sur une arête corallienne située sur le côté est de l’ile, le plan est un rectangle muni d’un cavalier servant de donjon, surplombant une esplanade fortifiée au nord-est, côté mer, et de quatre bastions. Ces derniers ont pour nom Santo Felipe, Santo Alberto, Santo Mathias et Santo Mateus. Ses dimensions maximales sont de 130 mètres sur 99 mètres. L’entrée principale, située au nord-ouest, est protégée par le bastion Santo Mathias.
Sous le cavalier se trouve un passage vouté, appelé « passage des arches » (passage of the arches) aboutissant à l’esplanade et qui servit, au temps de l’hégémonie des Ottomans, à transférer les esclaves vers les bateaux et, à partir de 1895, d’entrée pour les prisonniers condamnés par la justice britannique. Dans ses structures et transformations successives, le Fort Jésus, Mombasa, est aussi le témoignage physique de la circulation des valeurs et des influences culturelles entre les peuples d’origine africaine, arabe, turque, perse et européenne ayant combattu pour conquérir et garder le contrôle de ce port stratégique.
Les Britanniques prennent possession du fort le 1er juillet 1895 et le transforment en prison jusqu’en 1935. En 1958, il devient parc national puis musée accessible au public en 1962 géré par les musées nationaux du Kenya. Le fort est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Allez, on parcours les remparts et on joue aux pirates !
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Sur la plateforme du bastion Santo Mateus se trouvaient des graffitis tracés avec du charbon de bois au XVIIe siècle par des soldats portugais et montrant des scènes de bataille ou de la vie courante. Ils ont été déplacés et sont exposés dans une salle du musée.
Quelques Images
C’est où ?
Fort Jesus, Mombasa, Kenya
Article publié pour la première fois le 24/02/2019





