Idée #851 – Voir la flamme bleue du volcan Ijel à Java
L’île de Java, en Indonésie, possède à elle seule près d’un tiers des volcans qui dominent l’archipel indonésien. Parmi les 40 volcans actifs, le Kawah Ijen, situé à l’extrémité est de Java, est aujourd’hui l’un des plus connus et des plus fréquentés de l’île, avec le mont Bromo. Il a été notamment rendu célèbre en France grâce aux reportages de Nicolas Hulot, montrant son lac acide et ses intrépides porteurs de soufre.
Le Kawah Ijen est situé au sud-est de la caldeira de Kendeng. Cette caldeira, dont la formation remonte à environ 50 000 ans, résulte de l’éruption explosive qui détruisit l’Old Ijen, l’ancien volcan qui culminait à 3500 mètres. L’ascension ne présente pas de difficulté majeure et ne nécessite pas forcément d’être accompagné par une guide. La pente est parfois raide, surtout pendant la première moitié de la montée, mais les sentiers toujours larges et sans danger. Pour ceux qui partent très tôt afin d’accéder au cratère et à la soufrière de nuit, il est fortement conseillé de se munir d’une lampe frontale, en plus d’une bonne paire de chaussures, et pour ceux qui iraient au fond du cratère, d’être équipé d’un masque à gaz. Une fois arrivé au sommet, après environ une heures de marche, la végétation luxuriante laisse place à un paysage lunaire, qui frappe par l’absence de vie.
L’épaisse fumée blanche des solfatares, ces fumerolles chargées de dioxyde de soufre et d’acide sulfurique fortement irritantes, montent dans le ciel depuis des failles dans le roc. De nuit, on peut y observer d’étranges coulées enflammées bleues, qui semblent ruisseler sur les flancs du cratère. Il s’agit en fait de soufre à l’état gazeux, qui s’enflamme au contact de l’air, offrant ainsi un spectacle totalement surréaliste.
Avec les premiers rayons du soleil et le jour qui se lève, les eaux turquoises du lac apparaissent. Il doit sa couleur à sa concentration maximale en acide sulfurique : il s’agit là du lac le plus acide au monde, avec un PH de 0,2 ! Des bulles allant jusqu’à dix mètres de diamètre se forment à l’occasion à la surface. Pour remonter sur la crête, il faut parfois escalader la paroi quelque peu escarpée du cratère, la vigilance est donc de mise. Une fois là-haut, on pourra assister au lever du soleil et profiter du panorama exceptionnel. Par temps clair, avant que la brume matinale n’ait envahi l’horizon, on aperçoit en direction du sud-ouest le majestueux mont Raung qui s’élève à plus de 3300 mètres. Derrière nous vers l’est, se dessine le point culminant de la caldeira de Kendeng, le mont Merapi – à ne pas confondre avec son homonyme situé près du temple bouddhiste de Borobudur. Allez, on va se gazer un peu les poumons en regardant cette étrange flamme, qui n’existe qu’ici et sur un volcan islandais !
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En journée, des hommes s’astreignent à extraire des blocs de soufre de plusieurs kilos, au milieu des fumerolles irrespirables. Des canalisations en métal emprisonnent et refroidissent une partie de ces vapeurs de soufre qui se cristallisent progressivement pour se solidifier définitivement à la sortie de ces longs tuyaux et ainsi être extraites. Chaussés pour la plupart de simples bottes en caoutchouc et avec une étoffe ou un chiffon dans la bouche en guise de masque, ces mineurs de l’extrême remplissent des paniers avec ces blocs, les remontent à la surface du cratère puis redescendent dans la vallée pour finalement les faire peser et en tirer un salaire. Certains d’entre eux peuvent porter jusqu’à quatre-vingt kilos sur leur épaule et effectuer le trajet deux fois dans la même journée. Payés environ cinq centimes d’euros le kilo, une journée rapporte généralement entre sept et dix euros. Somme qui nous paraît bien dérisoire au regard du travail effectué, mais salaire conséquent pour un javanais. Inutile de préciser que la dureté physique du travail et l’inhalation à répétition de ces gaz réduisent considérablement l’espérance de vie de ces hommes. Beaucoup d’entre eux s’arrêtent après quelques années de ce dur labeur, suffisamment pour éprouver leur corps et abîmer leurs poumons.
Quelques Images
C’est où ?
Kawa Ijen, Java Oriental, Indonésie
Article publié pour la première fois le 18/01/2016





