Idée #902 – Apprendre à tirer à la sarbacane avec le peuple de la forêt Iban
Les Ibans sont une ethnie de l’île de Bornéo, qui appartiennent au groupe des Dayak. Appelés par les Anglais Sea Dayaks lors de la période coloniale, ils sont aujourd’hui surtout présents dans l’État du Sarawak en Malaisie, où leur population est estimée à 680 000 personnes.
Connus pour leur pratique de la chasse au tête et de la piraterie, ils étaient, jusqu’au XIXe siècle, une grande tribu guerrière de Bornéo. Aujourd’hui, ils s’urbanisent rapidement autour de Kuching et des grandes villes du Sarawak comme Miri et Sibu, tout en veillant à conserver leur culture et leur héritage traditionnel dans une Malaisie en pleine transformation.
En 1841, le sultan du Brunei Omar Ali Saifuddin II cède le contrôle du Sarawak, avec le titre de rajah, à James Brooke. Celui-ci lutte contre la piraterie et crée une administration autour du Sarawak Service qui embauche des européens pour administrer les différents districts du territoire. Il développe le commerce pour accompagner les Iban et le développement du pays avec la Borneo Company Limited. La ville de Kuching devient la capitale, avec la résidence d’Astana et le Fort Margharita. L’administration du Royaume de Sarawak s’appuyait notamment sur les guerriers Iban, qui devienrent une force militaire organisée à partir de 1862. Ces Rangers Iban étaient extrêmement expérimentés en guérilla dans la jungle, ils étaient équipés de différents types de fusils, de canons et d’armes autochtones.
L’invasion de Bornéo par l’armée japonaise le matin du 15 décembre 1941, et l’occupation de l’île jusqu’à sa libération en août 1945 transforme la vie des Iban qui participent pour certains aux combats. Après la création de la fédération de Malaisie, et face à l’hostilité de l’Indonésie qui refuse cette indépendance, Bornéo devient le terrain d’une guérilla entre Indonésiens, Britanniques, Australiens et Malais, ou les Iban se retrouvent tiraillés entre les différents belligérants. Les combats se mènent en forêt, dans la jungle et les montagnes du Sarawak, de Sabah et de Kalimantan entre 1962 et 1966. Les Sarawak Rangers sont incorporés dans la nouvelle armée malaise, sous le nom de Renjer Malaysia et se battent contre l’Indonésie.
Typiques de l’habitat Iban, les longhouses sont des maisons communautaires surélevées, bâties sur des piliers plantés en rangs serrés. Leur hauteur varie de trois à dix mètres et leur longueur peut aller jusqu’à cinquante mètres, parfois plus. Elles comprennent une série d’appartements ou bilek, disposés linéairement, séparés par des cloisons en bambou. Chaque bilek abrite une famille avec enfants et grands-parents. De l’autre côté des espaces privés se trouvent la cuisine et le coin pour la toilette, parfois une douche. Les maisons longues ont un toit en pente. Cette forme est adaptée au climat tropical de Bornéo avec de fortes précipitations tout au long de l’année. On s’est dit que d’y passer quelques nuits nous permettrait de devenir de vrais chasseurs de tête, même si on a échoué au tir à la sarbacane ! Allez, on va s’intégrer.
Amateur d’immersions ethnologiques ? Découvrez nos vidéos Peuples & Traditions ici !
Malgré les efforts des rajahs blancs pour éradiquer cette pratique, la chasse aux têtes a perduré chez les Iban jusqu’au début des années 1930. Associée à des notions de vitalité et de fertilité, la chasse aux têtes faisait intégralement partie des coutumes. Elle était pratiquée pour avoir de belles moissons, rapporter du gibier ou célébrer un évènement de la vie. « Il ne saurait y avoir de naissance, de mariage, ni d’enterrements sans la collaboration passive de crânes d’ennemis, destinés à rehausser la solennité de la cérémonie », révèle l’explorateur norvégien Carl Alfred Bock dans ses écrits de 1887. Un homme ne jouit jamais d’une considération complète tant qu’il n’a pas rapporté au moins une tête et prouvé ainsi sa vaillance. Et celui qui n’a pas coupé de tête ne compte pas aux yeux des femmes et ne peut se marier. « Les derniers incidents de chasse aux têtes ont été enregistrés en 1975 et ceux dont j’ai eu personnellement connaissance remontent à 1959 », révèle Vinson Sutlive qui a étudié les tribus Ibans du Sarawak. Aujourd’hui, les crânes exposés dans les galeries des longhouses sont toujours vénérés et censés chasser les esprits maléfiques.
Quelques Images
C’est où ?
Village d’Ulu Ai, Sarawak, Malaisie
allowfullscreen= »allowfullscreen »>





